Toutes les propositions qui suivent constituent des définitions dans le cadre du système développé; autonome et indépendant du système d’échange actuel. De manière général, ce système est fondé sur la décentralisation et a pour objectif de réduire les distances parcourues par les choses et les personnes et de développer l’entreprenariat créatif. Ce système a pour vocation d’être applicable à l’échelle internationale, autant que par défaut appliqué à l’échelle locale. Il est proposé dans le cadre de la volonté du développement d’une formation et curiosité continue dans le cadre d’une activité productrice collective.


Ces idées appellent à recevoir des critiques et des propositions.


I. L’argent pour l’individu vis-à-vis du groupe


1. LE PRIX


Le prix est fondé sur le coût énergétique dans sa géographie propre de fabrication (en unité de calorie, kilowatt)


a. Le prix de vente d'un produit pour l’acheteur


Le prix de vente d’un produit équivaut à son prix absolu (son cout énergétique ; en considération de la localité dans laquelle il s’inscrit) additionné­­ à cela son prix relatif (distance du consommateur au produit).

Les produits sont achetés avec le revenu d’existence ainsi que le revenu de participation.


b. Le prix de vente d’un produit pour le commerçant


Le prix de vente d’un produit pour le commerçant correspond au revenu de la participation (comparable au prix absolu) ainsi qu’à la taxe* (provenant du prix relatif).

*Nous prévoyons une taxe; nous- évoluant toujours dans un monde d’infrastructures érigées par l’État.


Questions : Comment mesuré le prix d’un service ? Exemple : prix d’un cours privé ou cours collectif ?


2. LE REVENU


Le revenu est fondé sur la nature et capacité pratique de rassembler, de se rassembler et de construire avec les autres pour la communauté proche et étendue/ s’étendant.)


a. Le revenu de l’existence


Le revenu de l’existence se fonde sur les travaux successifs sur le revenu international.

Une organisation supra-individuelle assure la distribution d’unités pour vivre en fonction. Ce revenu est permanent et varie en fonction du nombre de personnes à charge ; mais pas en fonction de l’âge qui est le nôtre, à l’intérieur même des groupes d’âges principaux- liés à des passages charnières de mode de socialisation. (enfant, adolescent, adulte)**.

Un individu doit avoir 30 heures d’interactions sociales productrices par semaines pour s’assurer ce revenu. Ces heures ne sont pas rémunérées et aucun travail n’est hiérarchisé au-dessus d’un autre, ce qui lui permet de choisir de participer au domaine, à l’actvité qui le tient le plus à cœur.


Possibilité de calcul : (les unités ne font références à aucune monnaie établie)

Adulte : 3500 unités (2 500 calories par jour, 300 kWh d’électricité, 700km de combustion)

Adolescent : 2500 unités (2 500 calories par jour)

Enfant : 1500 unités (1 500 calories par jour)


Questions : Faut-il des quotas par genre de travaux, pour assurer le maintien de l’organisation logistique des flux d’individus.


b. Le revenu de la participation (= « travail »)


Chaque individu en faisant parti d’un groupe gagne des unités spécifiques complémentaires et ciblées. Plus il persiste et prend part dans ce groupe, plus il est à l’initiative d’activités contextualisées autour de l’activité créatrice (de choses, de connaissances, de liens, de curiosité), plus celui-ci gagne des unités. Les activités ne sont pas hiérarchisées les unes par rapport aux autres, ni les travailleurs les uns par rapports aux autres ; et les tâches sont organisées dans le cadre des missions nécessaires à l’intérieur du groupe en lui-même.

La cohésion prévalant toujours, un groupe qui pourrait se rallier à un autre, ne verrait pas sa rémunération changer. (On peut d’ailleurs imaginer que la création serait décuplée au profit du domaine***) Le revenu maximal ne peut être supérieur à 4 fois le revenu minimal.


*** Un des apports de cette proposition est que, apposé côte à côte au système régulier, le montant de la vente éventuelle est non pas donné ni aux travailleurs, ni à l’entreprise ou organisation mais au domaine dans lequel cette activité s’inscrit, qui pourra ensuite investir globalement pour la recherche, l’éducation, le développement de projet d’ampleur.


Questions : Si les hommes travaillent dans le domaine de choses qu’ils ont besoin ( de manière primaire et secondaire); alors naturellement les structures organisant les choses dont les hommes ont besoin sont accueillantes et disposées à recevoir d’importants flux de ces mêmes besoins. Dans une logique similaire à la main invisible, il devrait y avoir une organisation naturelle, fonction également de la diversité des âges ; de la structure de l’organisation contemporaine de la société. ?


II. L’argent le groupe vis-à-vis de l’individu :


En cours de réflexion.


III. Autres considérations :


1. Une monnaie périssable


Une possibilité serait de mettre en place une monnaie périssable qui s’effacerait chaque mois. Un système existerait cependant pour céder ces unités à des domaines. Si la monnaie n’était pas dépensée pour sponsorisée une activité par exemple, ni donnée, pour maintenir une recherche ; alors l’individu se verrait enlever ce même montant au mois suivant. Le capital personnel ne peut rester au dehors des circuits d’investissements, qui constituent le fondement de la création, qu’elle soit pratique ou de recherches.


IV. La question du crédit :


En cours de réflexion.


Questions générales : Comment fonctionne la culture ?


Comme fonctionne l’éducation ?

Les coûts de distribution ?

Comment fonctionne avec système actuel ? Comment le mettre en place dans une communauté ?

Monnaie par heure ou par espace de journée ou par moment fini (expérience d’une satisfaction à l’équilibre) … ?


Merci d'avoir lu,

Victoire Mandonnaud

Contexte de l'idée

Idée


La premise de ce papier s’ancre alors que Eren Can Lleri , mon interviewer dans le cadre d’une candidature pour une université américaine me demande ma faveur entre l’utopie et la dysphonie comme vectrice - dans le contexte de la création, de changement et d’impact. Quelques jours passent. Je me balade, sortant émotionnellement d’un succession de podcasts de France Culture intitulés “Haussman, un premier Grand Pairs (1/4) : Devenir un créateur”, “Place de la Bourse (1/4) : la Bourse ou la banque : un match historique” ainsi que “L’architecture, un concept en béton (1/4) : Un art archi utile”. Je suis sur le point de finir une de mes toiles et me questionne flânant dans mon quartier de Red Hook à Brooklyn, NY sur l’expansion de celle-ci dans le cadre de mes travaux précédents et futurs; sur mes interrogations en quête de solution sur une harmonie dans l’organisation du corps social, notamment du point du vue du financement de l’économie.


Utopie ou dystopie, image statique, image en mouvement; palpable et impalpable; visible et invisible : de grandes tours colorées; mes pas allant l’un devant l’autre alors que j’avais l’impression soudain de saisir une nouvelle portée pour la peinture. “Comment l’art peut-il proposer des systèmes” - ma question quotidienne; et comme celui-ci peut être à l’origine de son implementation. Questionnements ralliés dans mon récent projet collaboratif de publication: The Generator; art as the premise for policymaking.


L’année précédente, 2019 : dans une recherche personnelle des considérations qui étaient celles que je voulais élever dans mes travaux, j’ai réalisée la série photographique “En Alerte” (sous la tutelle de mon programme de photo-reportage à l’International Center of Photography)- “En Alerte” : série panorama des enjeux du monde dans une tradition de l’humour français certainement sarcastique.


L’image statique; mais la série. J’étais déçue de moi-même d’être incapable de formuler une proposition d’articulation pour un monde qui m’aurait semblé cohérent. “Si seulement j’étais cinéaste” pensais-je alors, “aller hors de la simple ironie d’un constat peut novateur”


Je marche, je réfléchis; et la peinture qui m’attends toujours dans ma tête et en acolyte mes questions sans cesse présentes qui se nouent et se dénouent : sur quelle essence doit s’articuler le financement de l’économie, quel cadre pour l’émancipation de l’individu à travers la société; et en questions conjoncturelles à mon quotidien: comment ancrer dans ces précédentes le financement systémique de la création à diverses ampleurs.


Je marche; repensant à une discussion de la veille avec mon ami et réalisateur Jean Fantou autour des thématiques de son premier long-métrage: sur fond de dystopie écologique - une question sur la vitesse du monde et ce que le ralentissement ramènerait quant aux possibilités de socialisation, de découverte de sentiments, etc, etc.


Utopie ou dystopie, quelques jours auparavant, Eren que je viens de rencontrer m’interroge sur lequel de ces vecteurs appliqués à la création le changement vers une forme d’idéal éthique, social, philosophique, artistique a le plus de potentiel pour prendre ses marques. Sur son silence; quelques secondes puis certainement un propos un peu mixé sur les apports propres de chaque médiums s’appliquant mieux dans un vecteurs que dans un autre.


Quelques jours plus tard, nous sommes aujourd’hui- je marche et ma peinture dans la tête je regarde l’architecture sous l’influence consciente des podcasts ayant traversés assidûment mon panorama auditif ce matin. “Comment celle-ci pourrait exister?” : phrase extraite d’un flux informe; réellement, je me demande comment la création pourrait exister comme projection visible immédiate. Qu’est ce qui empêche l’architecture banale ou quotidienne d’être moins dynamique que d’autres formes. Qu’est ce que cette absence, l’absence de merveilleux esthétique dans la rue veut dire et pourquoi est le cas. Certainement qu’une politique publique n’a alors jamais centrée son programme sur la création pour la panorama visuel de l’individu; mais sur ce point- qu’importe dira t-on.


Alors que marchant dans la rue, je ne vois en effet d’architecture à l’image des rêves que nous faisons tous- encore je me demande ce que cela veut dire quand au financement de l’économie; et quelles seraient les imbrications de celle qui nous permettrait de marcher ébahi. “Pourquoi chaque immeuble n’a pas son identité propre? […] son identité propre autant que ceux qui y résident”. Ne pourrions nous pas délocaliser certains des intérêts financiers pour marcher parmi de grandes sculptures habitables. Perplexe, insatisfaite de ma conclusion- je me demande “Quelles seraient les images défilantes?”… “les images défilantes”.


Sur ces mots; les nuages prennent une autre couleur et je me faufile dans mes raisonnements et la discussion avec Eren : utopie ou dystopie pour une création animée d’un idéal.


L’image statique : qu’elle soit abstraite ou non, est une réalité visible. L’image animée, elle : peut être une réalité visible - mais il me semble que c’est avant tout le développement d’une narration humaine dans un cadre.


Quelle ouverture entre utopie et dystopie ? (Mes raisonnement seront teintés de considérations d’un budget raisonnable propre à chaque référence de médiums)


Il me semble que la dystopie fonctionne pour le cinéma comme pour la compréhension de la microéconomie de l’individu; ce que fonctionne pour l’image statique comme pour la création de la macroéconomie.


Il est difficile pour une image de présenter les nuages de personnages dans leur complexité mais il ne l’est pas de proposer une vue qui pourrait exister dans un autre univers, ou dans ce même univers.

L’image statique aurait-elle intérêt à aller vers la dystopie ou l’utopie?

Je m’en tiendrais à dire que l’image statique à le pouvoir de créer des utopies effectives, qui deviennent soudain réelle dans le cadre qui les comporte et qu’ainsi elles deviennent proposition d’une possible représentation applicable.

Une image statique dystopique; d’un autre côté, ne pourra que mais rester un cauchemar incomplet- incomplet quant aux raisons des actions humaines qui ont fait advenir cette vue.


L’utopie est un optimisme, qui incomplet dans l’image statique, sous-entends uniquement le succès dans l’entreprise d’Hommes à avoir mis en place une projection de leur création.


Quelle serait une image d’un monde idéal: exacerbant la réalité dans une utopie sur-créative de réalité ou de futur? Il me semble que l’image statique peut créer ce monde, où l’entente entre les individus venant de soi de part le vecteur de l’utopie; permet alors au spectateur de se demander simplement si le système qui a permis de mettre en place cette image serait applicable. En effet, encore une fois; il me semble que l’utopie dans l’image statique, sous-entendant un succès laisse son spectateur dans la question de sa capacité non pas à croire, mais à partager la vision de ce système. Photographie, peinture; je dirais que ces médiums ne peuvent alors proposer des modes d’interactions mais qu’ils peuvent présenter des décors qui les sous entendant, laisse entendre leur possibilité.

Combien couterait la Villa Radieuse de Le Corbusier, vision idéaliste - à peindre, pour montrer une forme d’organisations dans la socialisation d’individus partageant une communauté, un espace? Pourrions-nous l’adopter de part sa clarté?


De l’autre côté, prenons l’image animée : mon propos étant cette fois teinté encore de questions budgétaires mais également de l’urgence de la création, combien couterait un film mettant en scène une vie dans une version aujourd’hui novatrice de la Villa Radieuse (attelée à tout cela les prix des outils liés à la création d’une ergonomie de cette vie différente.) Pourrions-nous l’adopter de part sa clarté? Une autre question traitable ailleurs étant : n’y a t-il pas parfois un sentiment de satisfaction déjà confortable dans le cinéma, l’image animée narrée de manière générale- à avoir été témoin en tant que spectateur déjà, de cette possibilité d’un système à naître, survivre et s’émanciper.


L’idéal porté par une image statique dans tous les mystères et les ouvertures qu’elle renferme ne pourrait-elle pas être plus créatrice de désir individuelle et collectif par la mise en réalité de cette vue?


Constat simple comme premise de transition : le cinéma, dans un système d’urgence de proposition accessible, n’a que peu de moyens de créer des utopies. Cependant, le cinéma, l’image animée - renferme ce que l’image statique ne peut que modestement révéler: les vas et viens émotionnels de chacun et les découvertes profondes. Le cinéma, lui, dans ce qu’il possède d’intrinsèque, cette inquestionnable perception de réalité organique; et cela qu’importe le genre auquel il s’associe; peut transmettre avec justesse et sophistication les raisons des distortions de l’individu et de l’échange entre individus et groupe- par la création métaphorique exacerbée des choses qui l’ont transformé dans cette direction.


Utopie, image statique; palpable; visible pour proposer les visions de réalité idéale - et dystopie, image en mouvement, impalpable et invisible pour mettre en lumière des défauts systémiques qui influent sur ces individus et ces groupes d’individus; qui nous ôtent de notre intention humaine de création.


Dystopie: l’image en mouvement à la dissection de distorsions. Utopie : l’image statique à la création des espérances du visibles.


Références à des travaux personnels :

Peinture

Série photo "En Alerte"


Références extérieures :

Haussman, un premier Grand Pairs (1/4) : Devenir un créateur

Place de la Bourse (1/4) : la Bourse ou la banque : un match historique

L’architecture, un concept en béton (1/4) : Un art archi utile”


C’est un petit cinéma dans un quartier inconnu d’une ville inconnue, où parfois ; des hommes et des femmes, des femmes et des femmes ou des hommes et hommes se croisent, s’ignorent ou parfois encore se rencontrent. Dans ce cinéma, les salles de projections portent chacune un nom de couleurs ; elles portent également d’autres noms – et chacun : hommes, femmes ; femmes, femmes ; hommes, hommes – appellent ces salles comme ils leur semblent bon de les appeler ; et alors, parfois – ces hommes et ces femmes, ces femmes et ces femmes, ces hommes et ces hommes, s’y retrouvent ou s’y perdent. Ils font alors comme ils peuvent, pour se retrouver ou non, entre ces salles aux noms de couleurs ou d’autres noms encore.

Aujourd’hui, un jour d’été – où le ciel de la ville inconnue s’est habillé d’un voile gris :

un homme habillé de rouge regarde la porte s’ouvrir et les étrangers passer entre les lumières illuminant l’estrade de la salle bleue.

Une femme vient de rentrer dans le cinéma.

Elle a tournée à droite soudain, et elle a avancée.

Le garçon du guichet la regarde ; elle n’a rien dit encore.

Elle avance.

Elle hésite un instant et le garçon du guichet encore se tait. Il hoche la tête, elle ne dit rien. Ils se regardent et elle sourit : “Le film du Rez-de-chaussée” dit-elle alors. Il attend : regarde son écran avec considération puis regarde à nouveau cette femme qui lui sourit : “Vous n’avez bien qu’une salle au Rez-de-Chaussée?” déclare-t-elle tranquillement.

“Nous avons en effet, bien ; qu’une seule et unique salle à cet étage- le rez de chaussée.” répond-il. Il y a un silence ; un silence doux comme la couleur de ce ciel, un silence voilé d’été.

“Les projections des films de tous les étages commencent bien à 11h15 ; n’est-ce pas ? » ajoute-elle. “Oui: (Silence) vous ne vous trompez point: les projections des films des salles 1 et 2 commencent en effet bien à 11h15; comptez 15…” Elle le coupe : “15 minutes pour les bandes annonces.” Elle se tait; puis rétorque en souriant - d’un air taquin mais sympathique. Elle sourit : “A vrai dire, il y a bien 5 minutes de publicité parmi ces 15 minutes. (Silence) Ce qui ferait en effet 15 minutes mais alors 5 minutes de publicité et 10 minutes de bande annonce ; (Silence) Ce qui n’est pas 15 minutes de bandes annonces. C’est sans compter que…” Il la coupe ; et elle ne dit rien : “Une place pour la séance de 11h15 en salle 1: ce sera donc “Entre…” “ : “Chut; ne dites rien » dit-elle. Elle sourit. « Oui, c’est bien ça. (Silence) 11h15, la salle du Rez-de-chaussée”. Il sourit. En souriant, il ajoute : “L’on s’est bien compris alors.”. Il y a un silence, elle sourit et ajoute “En effet, presque bien compris.” . Ils rient ; rient comme riraient des amants naissants dans un autre monde. Elle paye ses 8 euros, la place d’un ticket dans ce cinéma inconnu. Elle passe entre les portes qu’une jeune fille lui tient, sortant alors, habillée d’un lin noir cousu en robe. Sa robe lui arrive à mi mollets ; aussi – et elle porte des sandales noires, un gilet. « C’est bien estival votre tenue » dit-elle alors à la jeune fille lui tenant la porte. Elle a l’air surprise et baisse la tête pour la vérifier. Elle semble étonnée. « Je ne me souviens pas avoir choisis » commence-t-elle alors ; mais la femme a déjà passée la porte et la jeune fille déjà le quitté le cinéma. Elle regarde encore dehors sa tenue et la femme ; elle, attend - statique, dans le lobby ; figée. Elle fait quelques pas puis rentre dans la salle du Rez-de-chaussée. Elle avance ; passe entre les lumières illuminant l’estrade. L’homme habillé de rouge alors la regarde et l’interpelle de loin. Elle semble étonnée. Il crie : “Madame!”. La femme retourne son buste qui a déjà dépassé la silhouette de l’homme ; et cela sans entreprendre son pas. “Oui? (Silence) Qu’y a-t-il ?”. Elle s’est arrêtée. Il la regarde sans rien dire, puis regarde la couleur des murs. Il fait de même une seconde fois, puis une troisième – mais la femme ne dit rien et regarde cet inconnu amusé. Du bout de son nez l’homme habillé de rouge pointe les vêtements de la femme; puis du bout de son nez encore le revêtement du mur. Il attend ; encore un peu – espérant un mot qui ne vient pas ; alors, il se tait encore et soudain s’élance : “Vous êtes bleu dans la salle bleue. Cela est bien peu…” Il s’arrête un instant, rit, ; sourit- reprend « original » . Elle attend sans rien dire comme s’il allait bien vouloir ajouter quelque chose ; mais il n’a rien ajouté encore. Elle est un peu perplexe. “Bleu dans la salle bleu. Cela est bien peu ; … original” répète-t-elle. Son regard est ailleurs ; et elle répète encore : “Bleu dans la salle bleu. Cela est bien peu ; ….original”. Elle sourit, amusée par la couleur de ces mots. Elle attend sans rien dire un instant, puis s’élance ; amusée “Je dirais plutôt que cela est fort à propos. (Silence) Vous n’êtes pas du même avis?” Il la regarde et sans réfléchir, d’un ton évident rétorque ; en souriant : “C’est bien solitaire comme démarche”. Elle soulève ses paupières, commence à sourire ; à sourire un peu plus encore. “Et bien; d’accord - et vous : (Silence) qu’avez-vous donc à dire pour justifier votre accoutrement? », dit-elle modestement. Il sourit et ses yeux se posent sur une scène derrière lui: “Voyez par vous-même”. Son regard pointe une image un peu plus loin dans les rangées en hauteur de la salle bleue : une femme habillée de jaune et un homme habillé de vert sont assis ; et silencieux se tiennent par la main. L’homme habillée de rouge se retourne vers la femme : “Vous n’avez que vous et cela se voit. (Silence) Vous pourriez être dans tant d’autres endroits - mais vous êtes là ; ton sur ton, bleu sur bleu comme quelqu’un d’autre ; peut-être – quelqu’un d’autre ; comme si quelqu’un d’autre pourrait être : (Silence) jaune sur jaune – (silence amusé) ou encore ; vert sur vert. (Silence) Bleu sur bleu ; bleu : (Silence) c’est joli le bleu comme couleur. (Silence) Oui, c’est très joli comme couleur : (Silence) bleu – bleu ; (Silence) bleu.

Elle le regarde, sans plus ne savoir quoi dire. Elle penche la tête et observe les nuances de ces couleurs; puis se retourne vers le mur - une longue seconde ; puis se retourne, à nouveau – vers lui : “Vous avez raison sur le point que certaines parties de moi ont des similitudes évidentes avec cet environnement ; et pour cela je ne vous tiendrais pas rigueur de vos propos. » Elle regarde alors cette femme habillée de jaune et cet homme habillée de vert ; puis la couleur de ce mur ; puis elle-même ; puis cet habillée de rouge ; puis elle-même à nouveau. Alors elle baisse la tête un instant, ferme les yeux, se tait. Elle soulève sa tête à nouveau après un silence étendu – regarde l’homme habillé de rouge ; qui la regarde: “Que peuvent-il faire à présent? » dit-elle alors. L’homme habillée de rouge sourit, il sourit longtemps en regardant, les yeux bleus de la femme habillée de bleue.

« Ils sont là pour l’instant (Silence) c’est bien tout ce qu’ils peuvent faire. (Silence) Ils sont là, ils attendent peut-être ; à un moment certainement quelque chose les arrêtera- ils seront distraits ; peut-être par le bruit de la pluie sur le toit, les lumières dans la salle qui s’éteignent ou encore un autre évènement sur lequel aucun n’aurait de levier ; sur lequel je n’aurais de levier. (Silence) Évidemment, oui – on peut toujours croire aux ouragans, aux cataclysmes pour donner aux yeux de s’ouvrir, mais parfois ; il suffit juste d’éteindre la lumière et soudain la ville se réveille ». Elle le regarde les yeux ouverts : « Pourquoi devraient-ils un moment être distraits et pourquoi ce moment devraient-ils être leur fin. » Il la regarde les yeux ouverts et sa bouche remonte sur le côté droit de son visage et forme une pommette sur ce même côté. La femme la voit, et sans dire l’apprécie. Cette pommette disparait rapidement même si dans le regard de la femme elle est encore présente. « Elle a disparue » dit -il alors. « Quoi ? » répond t-elle revenant de l’image dans sa tête. Il attend, et soulevant les yeux elle regarde la joue sans pommette ; alors, l’homme qui sourit, regarde la femme habillée de jaune et l’homme habillée de vert : et cérémonieusement « La salle bleue a disparue. (Silence). Ils sont nulle part : mais voyez (elle regarde) ; ils sont bien là, et quand le jaune sera teinté de bleu et le vert teinté de bleu ; alors ces demis teintes de jaune et de vert n’auront plus grand-chose à faire dans la salle bleue. (Silence) Mais cela, ils ne le savent pas encore ; car ils sont ailleurs, ailleurs ensemble – mais ici : toujours quelque part. Et quand, alors ; et quand ils seront finalement distraits et qu’ils se regarderont sans plus regarder ensemble ailleurs ; peut-être ne se reconnaitront ils plus ? (Silence) Peut-être ; peut-être c’est tout » dit-il malicieusement. Et la femme habillée de bleu le regarde et s’esclaffe soudain de rire. « C’est amusant » puis il reprend « Mais vous ne m’avez toujours pas demandé ce que je faisais ici. » dit-il. « Oui, vous avez raison ; je ne vous ai pas demandé ce qui pouvait amener un homme habillé de rouge dans une salle bleue alors qu’il ne semble qu’il n’y est pour vous rien ici. » Il sourit ; elle sourit et encore une fois avant de répondre : «C’est parce que vous pensez le monde en bleue : alors que ferais-je ici, oui, en effet. Je serais bien perdu. (Silence) Mais je ne le suis pas, perdu : je ne suis pas perdu ; et même : je dirais même que je suis l’opposé de l’être, car je suis ici. Voyez, qui est perdu ne sait où il est ; mais l’on ne sait pas vraiment s’il a à un moment voulu aller quelque part. Or, je ne suis pas perdu car je sais où je suis : dans la salle bleue avec la femme habillée de bleue : vous » dit – il en souriant « Mais surtout je ne suis pas perdue car je sais où je vais, je vais où je vais et même je n’y suis pas encore. Et dans ce cas je pense qu’on est perdu quand on n’a jamais su où l’on voulait aller. » - « Je pense bleu… » murmure-t-elle. « C’est bien normal, ne vous inquiétez pas. Mais si vous n’êtes pas perdu alors vous êtes ailleurs, car je ne pense que l’on ne peut n’être perdu quand on est la où l’on peut être. » Il se tait puis reprend « Pensez-vous que chaque chose à une raison d’être là où elle est ? » Elle attend et propose : « Je l’ignore », il attend et propose : « Je pense que vous êtes là où vous devez être ; vous êtes, ce ici ailleurs – comme si vous étiez caméléon voyageant dans sa couverture. Où seriez-vous alors ; vous ne pouvez que l’ignorez. Si vous étiez bien plus petite ; disons : si nous étiez bien plus petit, quelle chance aurait-on de vous voir : la femme habillée de bleu dans la salle bleue. Croire que la chose qui qui a sa raison d’être là où elle est la chose qui n’a pas sa raison d’être là où elle est, est : alors vous ignorez ; car vous êtes la chose est à sa raison d’être là où elle est. Cela est être perdu ; et l’on n’est point perdu quand l’on est quelque part on l’on ne devrait pas être, pour un moment éphémère et l’on sait où l’on va. (Silence) Si l’on était bien plus petit, moi : l’homme habillée de rouge dans la salle bleue ne pourrait qu’avoir une raison d’être, et l’on ne pourrait pas croire que les choses n’ont pas de raison d’être là ; car chose qui n’a de raison d’être là est chose visible ; si vous étiez bien plus petit - vous voyez bien. Ça serait mentir que de dire le contraire, on ne peut que croire car chose qui n’a de raison d’être là est visible. » Il s’interrompt. « Que faites-vous là alors ? » dit-elle. Sur ses mots, il regarde autour de lui : il regarde cette femme habillée de jaune et cet homme habillée de vert puis se retourne vers la femme habillée de bleu. Il baisse la tête, met la main dans sa poche et fouille quelques secondes en regardant le plafond. Il sort un bout de papier en relativement bon état, et le garde retourné dans sa paume resserrée, à portée de vue de ses yeux. «  Que pensez-vous que je viens faire ici ? ». Elle attend un instant et répond : « Je pense que vous y venez luttez contre votre invisibili­té, et que bientôt que vous irez ailleurs. » Il sourit : « Je pense que vous n’avez complètement tord ; mais vous n’avez pas complètement raison- et sii jamais je voulais contrer mon invisibilité je n’irais pas en terrain bleu. (Silence) Certainement, irais-je en terrain rouge. Ses paupières se lève. Je réfléchirais car je n’ai pas la réponse mais voyez que si nous étions tous plus petit, ma présence en terrain bleu, ajouté à la présence d’autres hommes habillés non perdus en terrain bleu, peut être que tous ensemble ne deviendront qu’une grosse tache noire. (Silence) Et en cela je ne veux pas être une grosse tache noire. » - « Pourquoi une grosse tache noire ? » dit-elle. « Car ensemble, si nous étions bien plus petit et si proches que nous sommes maintenant ; nous serions pour ceux qui sont bien plus grand qu’une grosse tache noire. » Elle sourit « Vous savez, je me suis souvent dit à quel point le noir et le non noir portait ensemble beaucoup plus d’émotions dans mes yeux que la couleur. Je pense que si vous étiez une grosse tache noire ; si nous étions une grosse tache noire je veux dire- certainement ceux qui sont bien plus grands que nous, nous trouveraient plus touchants. » - « Et que trouvez-vous à toucher ceux qui sont bien plus grand ? » dit-il alors, étonné. – « C’est croire dans les choses qui ont une raison d’être là où elles sont. » Il la regarde les yeux grands ouverts. « Vous êtes marrante. (Silence) Donc, pensez-vous qu’en étant ici ; vous êtes en train d’émouvoir ceux qui sont plus grands ? » - « Je dirais : autant que vous. Je suis là autant que vous ; et même si vous ne restez qu’un moment ; tout de suite- nous sommes noirs, et nous sommes émouvants. » Il sourit et pointe du regard alors la femme habillée de jaune et l’homme habillée de vert : « Sont-ils émouvants ? » - « Peut-être pas ici, non ; mais peut être le seraient-ils ailleurs. Je crois que l’état dans lequel ils sont ne les rend pas émouvant pour ceux qui sont plus grands. (Silence) Ils ne sont qu’émouvant pour nous peut être. Qu’en pensez-vous ? » - « Je pense que vous pouvez avoir raison et qu’ils sont assez émouvant ici pour n’avoir être émouvant ailleurs. » - « Peut-être sont-ils une tache blanche, ou une tache vide alors- pour ceux qui sont plus grands. » - « Je crois que j’aime l’idée d’être une tache vide » - « Je crois que c’est l’idée de donner aux taches noires l’espace d’être émouvantes pour ceux qui sont plus grands (Silence) C’est peut-être pour cela que les trous noirs sont la fin du monde, quand il n’y a plus que des choses qui ne doivent pas être où elles se trouvent ; alors certainement c’est dur de voir des choses qui se trouvent là où elles doivent se trouver. » - « Je pense que vous êtes une tache blanche et qu’ils sont une tache vide » dit-il. « Je pense que nous sommes une tache noire » rétorque-t-elle. Ils se taisent un long moment, sa tête se baisse naturellement mais son regard est alors interpelé. Elle dit : « Vous me montrez ce pourquoi vous êtes là finalement? Vous qui n’êtes perdu. » Il regarde ses mains qui n’ont pas bougées seules, ouvre ses paumes et usant de son index et de son pouce, il délivre pile contre paume, face contre femme le papier gardé depuis un temps inconnu. Elle ne touche pas et soulève ses paupières au-dessus de ses mains pour regarder la réponse enfin silencieuse à ce casse-tête. Il lève son visage de sorte à regarder l’expression qui bientôt naitra. Elle sourit, acquiesce. « Après-vous » lance-t-elle alors et la femme habillée de bleue et l’homme habillée de rouge sortent de la salle bleue, lançant un dernier sourire nostalgique aux silhouettes de la femme habillée de jaune feuillage et à l’homme habillé de vert canard.

« Vous pensez qu’il est possible que ceux qui seraient plus grands que nous de marcher sur les taches blanches pensant qu’elles n’en sont pas » ; dit la femme habillée de bleue quittant le couloir. « Oui, je pense que c’est possible. » dit l’homme habillé de rouge, « Je pense que l’on ne peut que voir ce qui est différent de ce que vous voyons. » - « Et pourquoi la blancheur serait vide alors ? ». Elle regarde l’homme habillée de rouge. Il lui prend la main. Une femme courre dans le couloir. Elle est de dos, c’est peut-être une course de joie. Elle est habillée d’une autre couleur. Le lobby est vide et les salles ne sont pas indiquées. Les portes se retrouvent les unes à côté des autres. « Et maintenant » dit-elle. Il lui montre son papier qui tient depuis ce temps encore entre ses paumes. Une nouvelle silhouette s’en va, elle marche de dos. « D’où viennent-ils » - « Peut être que la présentation est finie maintenant ». Ils restent debout. « Je ne voulais pas, je ne voulais pas. Non, je ne sais plus. Où suis-je maintenant. Elle se retourne, les autres silhouettes vers la rue encore. « Allons, y » dit l’homme habillée de rouge. Elle sourit légèrement. « De quoi, as-tu peur que nous ne pouvions être des taches transparentes ? «  Il la regarde « Allons-y ».

« Les taches ont disparus. Il n’y a plus de noir, il n’y a plus de blancs- et les silhouettes. Où sont-elles ? Je vois la couleur de la nuit quand mon sommeil arrive et le jour ce n’est qu’un océan de sel séché ». Je rêve et sur l’écran tout a disparu. « Où suis-je ? Où es-t-on ? Je veux partir. »

« Mais si l’on était tous ensemble ne se confondraient tous pas monochromes dans le paysage des géants. » « Certains disent parfois que le Noir et Blanc est plus expressif que la couleur, qui est plus réel. Si nous sommes une image monochrome peut-être alors que les géants nous voient (Silence) et peut être que si vous vous effacez ainsi sur vous, aucun des géants ne vous verra. » « Et qu’ai-je à risquer? » « De se faire écraser bien sûr ; c’est le seul risque que vous avez. (Silence) Ce ne serait pas de la méchanceté; au bien juste de l’ignorance. Si vous continuez d’être là, vous vous effacerez. On disparait ; on disparait. »

Quand ils repassent dans la salle quelques années après, le couple est devenu deux personnes bleues. « Ils ne savent plus qui ils sont. Ce ne sont pas des couleurs faites pour fonctionner ensemble. ». Toujours quelques années après : une femme violette passe dans le couloir. « Excusez-moi; pouvez-vous m’indiquer la sortie. Je suis perdue ». Les deux la regardent et la femme en bleue regarde et pointe sur sa gauche une porte d’où la lumière extérieure est aveuglante.

Elle regarde la direction pointée par la femme bleue et instantanément ses pupilles se réfractent tant l’intensité de la lumière est étendue. « Je ne vois plus rien » s’exclame-t-elle ; en serrant fort ces paupières. « Et que voyez-vous alors » dit l’homme en rouge. « ne voyant rien.  ? » (Un silence). Elle crie. « Je vois du noir, je vois du noir ; avec parfois des taches transparentes qui s’écrasent sur mes paupières et qui tombent sur mes pupilles. Je vois du noir, qui tombe. Je ne vois plus rien ; et j’ai peur de me cogner aux Hommes aveugles. La femme en violet prend alors un air concerné, ses sourcils se froncent et nostalgique, s’élance sur un ton de tristesse ; ses pupilles vers la lune. « Je vois du noir; du noir, et parfois c’est comme des vaisseaux ou des comètes suivant mes yeux. Je vois tout noir. ». Elle s’arrête. « C’est beau », dit alors la femme en bleu. « Et vous ne voyez rien ; vous dites? ». Alors ; à ce même moment ; des hommes bleus et des femmes bleus sortent de la salle bleue. « Ils n’étaient portant pas si nombreux ces solitaires bleus. » Personne ne répond. Soudain, une jeune fille sort en courant ; jaune - et poursuivie par un garçon habillé de vert ; un peu teinte déjà - qui la suit.

Elle le regarde, inquiète – l’homme habillée de rouge comprend. Chuchotant, à son oreille : « la salle violette ? ». Et ces paupières alors tremble de peur ; comme si une ombre de silhouettes était passée soudain.


(07.2019 Paris - 10.2019 NYC)

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